Le candidat à l’élection présidentielle de 2027 Édouard Philippe franchit un nouveau cap sur la question migratoire à Mayotte. Dans une tribune publiée lundi 10 août, l’ancien Premier ministre propose notamment de suspendre pendant plusieurs années l’enregistrement des demandes d’asile à Mayotte et en Guyane. Deux territoires qu’il considère en « état de saturation migratoire ». Une proposition qui résonne tout particulièrement à Mayotte, où la pression migratoire constitue depuis des années l’un des principaux sujets de préoccupation de la population.
Une nouvelle proposition d’Édouard Philippe sur l’asile
À moins d’un an de l’élection présidentielle 2027, Édouard Philippe place clairement l’immigration parmi les thèmes majeurs de sa campagne. Et, cette fois, Mayotte apparaît directement au cœur de ses propositions. Dans une tribune publiée dans Le Figaro, le président d’Horizons et ancien Premier ministre estime que la France et l’Europe doivent désormais sortir de ce qu’il considère comme une forme d’« impuissance migratoire ». Mais au-delà des frontières européennes et de la crise récente de Ceuta, Édouard Philippe réserve une proposition spécifique aux territoires ultramarins les plus exposés à l’immigration : Mayotte et la Guyane.
Suspension de l’asile à Mayotte : une proposition politique majeure
La proposition d’Édouard Philippe de suspendre l’enregistrement des demandes d’asile pour plusieurs années à Mayotte et en Guyane est particulièrement forte. Il estime que ces deux départements français se trouvent en « état de saturation migratoire ».
Une telle mesure constituerait une rupture majeure. À Mayotte, la demande d’asile constitue en effet l’une des composantes du phénomène migratoire, dans un territoire confronté depuis des décennies à une immigration clandestine massive, principalement en provenance de l’archipel voisin des Comores mais également, ces dernières années, d’autres pays de la région des Grands Lacs et d’Afrique de l’Est. L’ancien Premier ministre considère donc que certaines situations exceptionnelles doivent pouvoir justifier des règles exceptionnelles.
Immigration à Mayotte : une situation migratoire particulière
Pour Mayotte, cette position revient surtout à reconnaître politiquement une réalité défendue depuis longtemps par de nombreux élus et habitants du département. Les dispositifs migratoires pensés pour l’Hexagone peuvent difficilement être appliqués de manière identique sur une île de 374 km² confrontée à une pression migratoire sans commune mesure avec celle de la plupart des autres territoires français.
Les chiffres de l’immigration et des éloignements à Mayotte
Mayotte est au centre de la question migratoire française. Les chiffres donnent une idée de la situation particulière du 101e département. Selon les données du ministère de l’Intérieur concernant l’année 2025, 24 512 éloignements d’étrangers en situation irrégulière ont été réalisés depuis les départements d’outre-mer. Près de 90 % de ces éloignements concernent Mayotte. À elle seule, la nationalité comorienne représente 20 716 éloignements depuis les départements et collectivités d’outre-mer en 2025. Ces chiffres illustrent l’ampleur totalement atypique du phénomène auquel sont confrontés quotidiennement les services de l’État à Mayotte.
Et malgré ces milliers d’éloignements, l’immigration demeure l’un des principaux sujets de tension de l’île :
- Habitat informel
- Pression sur les établissements scolaires
- Saturation du système de santé
- Difficultés d’accès à l’eau et aux services publics
- Insécurité
- Occupation illégale de terrains
Depuis le cyclone Chido, la question est devenue encore plus sensible, la reconstruction de Mayotte posant inévitablement celle de l’évolution de sa population et de la maîtrise des flux migratoires.
Édouard Philippe veut renforcer les règles migratoires à Mayotte

Édouard Philippe assume donc une exception mahoraise. La proposition de l’ancien Premier ministre est politiquement importante pour une autre raison. Elle acte le principe selon lequel Mayotte ne peut pas nécessairement être traitée comme n’importe quel autre département français en matière migratoire. Ce principe d’adaptation du droit existe déjà. Mayotte dispose notamment de règles particulières concernant le droit des étrangers et les procédures d’éloignement. Le droit du sol y a également fait l’objet de restrictions spécifiques au cours des dernières années.
Édouard Philippe souhaite manifestement aller beaucoup plus loin en s’attaquant désormais directement au droit d’asile. Son raisonnement est simple : lorsqu’un territoire atteint un niveau de pression migratoire tel que ses infrastructures et ses services publics ne sont plus capables d’absorber de nouveaux arrivants, l’État doit pouvoir interrompre temporairement certains mécanismes d’accueil. Pour Mayotte, il parle explicitement d’une suspension pouvant durer plusieurs années.
Immigration à Mayotte : une proposition qui fait débat
La proposition d’Édouard Philippe devrait trouver un écho particulier à Mayotte. À Mayotte, où la lutte contre l’immigration clandestine est devenue une revendication politique centrale, la déclaration d’Édouard Philippe ne devrait pas passer inaperçue. Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs promettent un durcissement de la politique migratoire dans l’archipel :
- Contrôle des frontières maritimes
- Multiplication des interceptions de kwassas-kwassas
- Éloignements vers les Comores
- Démolition de bidonvilles
- Restrictions du droit du sol
Les mesures se sont accumulées sans parvenir jusqu’à présent à faire disparaître le sentiment d’une immigration incontrôlée au sein d’une grande partie de la population mahoraise.
La proposition d’Édouard Philippe pose donc une question beaucoup plus fondamentale. Faut-il aller jusqu’à suspendre temporairement le droit de déposer une demande d’asile à Mayotte ? Le candidat à l’Élysée répond désormais clairement oui.
Édouard Philippe propose aussi un « verrou Schengen »
Le volet ultramarin ne constitue cependant qu’une partie du plan présenté par Édouard Philippe. L’ancien Premier ministre propose également la création d’un « verrou Schengen ». Son objectif serait d’empêcher un État membre de procéder seul à une régularisation massive de personnes en situation irrégulière au-delà d’un seuil défini collectivement, sans avoir préalablement obtenu l’accord de ses partenaires européens.
Édouard Philippe considère qu’une régularisation importante décidée par un seul pays peut avoir des conséquences migratoires sur l’ensemble de l’espace européen. La récente crise de Ceuta, enclave espagnole située au Maroc et confrontée à un afflux massif de migrants, lui sert d’avertissement.
La politique d’expulsion et d’immigration défendue par Édouard Philippe
La politique d’expulsion et d’immigration défendue par Édouard Philippe consiste à faire partir ceux « qui n’ont pas vocation à rester ». Il défend parallèlement une ligne qui distingue immigration économique et immigration irrégulière. L’ancien Premier ministre reconnaît que la France aura besoin d’une immigration de travail dans certains secteurs. Mais il souhaite parallèlement accélérer le départ des étrangers qui ne disposent pas du droit de rester sur le territoire français.
Son programme prévoit notamment un renforcement des procédures européennes d’expulsion et une utilisation plus systématique des moyens de pression dont dispose la France envers les pays refusant de reprendre leurs ressortissants :
- Politique des visas
- Aide au développement
- Accords commerciaux
Il réaffirme également sa volonté de mettre fin à l’accord franco-algérien de 1968 qui organise des conditions particulières de circulation, de séjour et d’emploi des ressortissants algériens en France.
Mayotte au cœur de la présidentielle 2027
La déclaration d’Édouard Philippe intervient alors que la campagne présidentielle de 2027 commence à s’accélérer. Et Mayotte pourrait occuper dans cette campagne une place beaucoup plus importante qu’au cours des précédentes élections nationales. Le département concentre en effet plusieurs des grands débats qui traversent aujourd’hui la France :
- Immigration
- Sécurité
- Droit du sol
- Efficacité des expulsions
- Maîtrise des frontières
- Capacité des services publics à absorber une croissance démographique rapide
En proposant explicitement de suspendre pendant plusieurs années les demandes d’asile à Mayotte, Édouard Philippe place donc le 101e département au cœur de son projet migratoire.
Reste une question essentielle : une telle suspension est-elle juridiquement possible et jusqu’où faudrait-il modifier le droit français, européen ou international pour la mettre en œuvre ? Le débat ne fait probablement que commencer. Mais à Mayotte, où la question migratoire structure depuis des années une grande partie du débat public, une chose est certaine : la proposition d’Édouard Philippe devrait être particulièrement commentée.
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