L’Union européenne a renforcé ses règles concernant la collecte et le traitement des eaux usées. Cette nouvelle directive, appelée DERU2, impose progressivement des réseaux plus étendus, des traitements plus performants et une meilleure surveillance des rejets. À Mayotte, le défi est immense. Une station d’épuration ne peut fonctionner correctement que si les canalisations, les postes de refoulement et les branchements des habitations sont également réalisés. La station intercommunale du Centre, destinée notamment à Sada, Chiconi et Ouangani, illustre cette difficulté. Construite avant l’achèvement de l’ensemble du réseau, elle montre qu’un équipement isolé ne suffit pas à créer un système d’assainissement opérationnel à Mayotte.
Qu’est-ce que la directive DERU2 ?
La directive européenne relative au traitement des eaux urbaines résiduaires encadre la collecte, le transport et le traitement des eaux usées produites par les logements, les services et certaines activités économiques. Une première directive avait été adoptée en 1991. Sa révision a abouti à la directive européenne 2024/3019, entrée en vigueur en janvier 2025. Le texte doit être transposé dans le droit des États membres au plus tard le 31 juillet 2027.
Cette nouvelle réglementation élargit les obligations européennes. Elle prévoit :
- L’extension des systèmes de collecte à des agglomérations plus petites
- Un traitement plus poussé des eaux usées
- Une réduction des rejets d’azote et de phosphore
- Le traitement progressif de certains micropolluants
- Une meilleure gestion des eaux de pluie
- Une surveillance sanitaire des eaux usées
- Une réduction de la consommation énergétique des stations
- Un meilleur accès aux équipements sanitaires
Le terme DERU2 est couramment employé pour distinguer cette nouvelle directive de celle adoptée en 1991.
Pourquoi la directive DERU2 concerne-t-elle Mayotte ?
Mayotte fait partie de l’Union européenne en tant que région ultrapériphérique. Les règles européennes relatives à l’environnement et à l’assainissement, dont DERU2, y sont donc applicables, avec certains délais adaptés à la situation du territoire. Le texte européen reconnaît les difficultés propres à Mayotte : insularité, topographie, retard d’équipement et faiblesse de la couverture des réseaux.
Des échéances particulières sont prévues. Pour Mayotte, certaines obligations concernant les agglomérations d’au moins 2 000 équivalents habitants doivent être appliquées à partir du 31 décembre 2030. Pour les agglomérations comprises entre 1 000 et 2 000 équivalents habitants, l’échéance est reportée au 31 décembre 2040. Ces délais ne signifient pas que les travaux peuvent attendre. Ils imposent au contraire de programmer dès maintenant les réseaux, les stations, les postes de pompage et les branchements nécessaires.
Qu’est-ce qu’un équivalent habitant ?
Les textes sur l’assainissement n’utilisent pas uniquement le nombre d’habitants. Ils parlent d’équivalent habitant, abrégé en EH. Cette unité mesure la quantité de pollution organique produite. Elle permet de dimensionner les réseaux et les stations en tenant compte des logements, mais aussi des établissements scolaires, des entreprises, des administrations, des commerces et des équipements publics. Une station prévue pour 30 000 équivalents habitants n’est donc pas nécessairement destinée à une commune comptant exactement 30 000 résidents. Sa capacité correspond à une charge théorique d’eaux usées à traiter.
À Mayotte, le calcul est rendu plus complexe par la croissance démographique, l’habitat informel et l’évolution rapide de certains villages. Une installation dimensionnée à partir de données anciennes peut devenir insuffisante avant même la réalisation complète des réseaux.
Comment fonctionne un système d’assainissement collectif ?
Un système d’assainissement ne se limite pas à une station d’épuration. Il forme une chaîne complète. Les eaux provenant des toilettes, des douches, des éviers et des appareils ménagers doivent d’abord être récupérées par les branchements des logements. Elles rejoignent ensuite les canalisations secondaires, puis les collecteurs principaux.
Lorsque le relief ne permet pas un écoulement naturel, des postes de refoulement pompent les eaux usées pour les acheminer vers la station. La station les traite avant leur rejet dans le milieu naturel. Les boues produites doivent également être récupérées, traitées et éliminées ou valorisées dans des conditions contrôlées.
Pour fonctionner, le système nécessite donc :
- Des branchements au niveau des bâtiments
- Des réseaux tertiaires et secondaires
- Des collecteurs principaux
- Des postes de refoulement
- Une alimentation électrique sécurisée
- Une station de traitement
- Des équipements de surveillance
- Une filière de traitement des boues
- Des équipes capables d’entretenir l’ensemble
Si un seul de ces éléments manque, le système d’assainissement ne peut pas fonctionner normalement.
Pourquoi une station peut-elle rester inutilisée ?
Une station d’épuration ne produit pas elle-même les eaux usées qu’elle doit traiter. Elle doit être alimentée par un réseau de collecte suffisamment développé. Construire la station avant les réseaux peut répondre à une logique de calendrier financier ou de découpage des marchés. Mais si les canalisations ne sont pas achevées, si les postes de pompage ne fonctionnent pas ou si les habitations ne sont pas branchées, les eaux usées n’arrivent pas jusqu’à l’équipement. Une station peut donc être construite et techniquement achevée sans être immédiatement opérationnelle.
Cette situation peut entraîner plusieurs risques :
- Immobilisation d’un investissement coûteux
- Vieillissement prématuré des équipements
- Dépenses supplémentaires de maintenance
- Poursuite des rejets non traités
- Multiplication des installations individuelles défaillantes
- Nouveaux travaux de remise en état avant la mise en service
- Perte de confiance de la population
Le véritable indicateur de réussite n’est donc pas la livraison d’un bâtiment, mais le nombre d’habitants effectivement raccordés et le volume d’eaux usées réellement traité.
Que s’est-il passé avec la station du Centre ?
La station intercommunale du Centre a été conçue pour recevoir les eaux usées de Chiconi, Ouangani et Sada. Sa capacité annoncée dans les documents de planification atteint 33 750 équivalents habitants. L’ouvrage a été finalisé en 2019. Toutefois, les documents d’urbanisme de la Communauté de communes du Centre-Ouest indiquaient que sa mise en service dépendait de l’achèvement du réseau principal. Ils soulignaient également que les réseaux secondaires restaient partiels et que de nombreux bâtiments nécessitaient encore la création de canalisations complémentaires.
Dans la commune de Ouangani, certains lotissements et équipements disposaient de réseaux ou de petites unités de traitement, mais l’ensemble des villages n’était pas raccordé à la station intercommunale. La même situation était décrite à Sada et Mangajou, où seuls certains périmètres possédaient des réseaux. Plusieurs équipements publics fonctionnaient avec leurs propres dispositifs de traitement.
Un marché publié en 2024 prévoyait la reprise et la finalisation des réseaux d’eaux usées du Centre dans les secteurs de Chiconi, Ouangani, Mangajou et Sada.
Pourquoi les branchements particuliers sont-ils essentiels ?
Même lorsqu’une canalisation passe dans une rue, les eaux usées d’une maison ne rejoignent pas automatiquement le réseau public. Un branchement doit relier chaque bâtiment au collecteur. Il faut parfois intervenir sur la parcelle privée, sous la chaussée ou sur des constructions existantes.
À Mayotte, cette étape peut être compliquée par :
- L’absence d’adresses précises
- La densité des quartiers
- Les constructions non planifiées
- Les problèmes fonciers
- Les maisons situées en contrebas du réseau
- Les difficultés d’accès aux parcelles
- Le coût des travaux privés
- L’absence d’installations intérieures conformes
Un réseau principal sans branchements ne recueille qu’une faible partie des eaux usées. La construction des raccordements doit donc être programmée en même temps que celle des collecteurs et de la station. La question du financement est également déterminante. Si le coût laissé aux ménages est trop élevé, une partie de la population risque de ne pas pouvoir se raccorder, même lorsque le réseau est disponible.
Qu’arrive-t-il aux eaux usées sans réseau collectif ?
Lorsqu’un logement n’est pas raccordé à un réseau public, il doit disposer d’un système d’assainissement non collectif. Ce dispositif peut comprendre une fosse et un traitement adapté au terrain. Il doit être correctement dimensionné, entretenu et vidangé. À Mayotte, de nombreuses installations individuelles sont inexistantes, inadaptées, saturées ou mal entretenues. Les eaux usées peuvent alors se déverser dans le sol, les ravines, les mangroves ou le lagon.
Ces rejets présentent des risques sanitaires et environnementaux :
- Contamination des sols et des eaux
- Développement de bactéries et de parasites
- Pollution des plages et du lagon
- Prolifération des moustiques
- Mauvaises odeurs
- Exposition des enfants aux eaux souillées
- Dégradation des écosystèmes côtiers
L’assainissement constitue donc un enjeu de santé publique autant qu’un problème d’infrastructures.
Quels changements la DERU2 impose-t-elle ?
La nouvelle directive DERU2 étend progressivement l’obligation de collecte et de traitement aux agglomérations d’au moins 1 000 équivalents habitants. Elle demande également un traitement secondaire des eaux usées. Celui-ci permet de réduire la pollution organique avant le rejet dans l’environnement. Pour les installations les plus importantes ou celles rejetant dans des zones sensibles, des traitements complémentaires devront réduire l’azote, le phosphore et certains micropolluants.
Le texte introduit aussi :
- Des audits énergétiques
- Un objectif progressif de neutralité énergétique
- Une meilleure surveillance des rejets
- Des plans de gestion des eaux pluviales pour certaines agglomérations
- La surveillance de certains agents pathogènes
- Une responsabilité financière des producteurs de médicaments et de cosmétiques pour le traitement de micropolluants
À Mayotte, la priorité immédiate demeure cependant plus fondamentale : collecter les eaux usées, les transporter et faire fonctionner les équipements existants.
Quel risque en cas de non-respect de la nouvelle directive DERU2 ?
Une directive européenne DERU2 impose aux États membres d’atteindre les objectifs fixés et de les intégrer dans leur droit national. En cas de retard ou de non-conformité, la Commission européenne peut engager une procédure contre l’État concerné. Cette procédure peut conduire à une condamnation par la Cour de justice de l’Union européenne et, à terme, à des sanctions financières. La responsabilité juridique incombe à l’État français. Mais les conséquences concrètes concernent aussi les collectivités et les organismes chargés de réaliser et d’exploiter les équipements.
Le respect des échéances nécessite donc une programmation coordonnée entre :
- L’État
- Les Eaux de Mayotte
- Les intercommunalités
- Les communes
- Les services d’urbanisme
- Les financeurs
- Les entreprises de travaux
- Les propriétaires des logements
Une station, un réseau principal et les branchements ne doivent plus être considérés comme des projets indépendants.
Qui gère l’assainissement à Mayotte ?
La compétence liée à l’eau et à l’assainissement a été confiée au syndicat Les Eaux de Mayotte par les communes du département. Le syndicat organise les investissements nécessaires à la collecte et au traitement des eaux usées. D’autres acteurs interviennent dans la planification, le financement, le contrôle environnemental et la réalisation des travaux.
La SMAE – Mahoraise des Eaux est principalement connue des usagers pour la distribution de l’eau potable. L’organisation de l’assainissement ne doit toutefois pas être confondue avec la gestion des abonnements d’eau. Pour savoir si une habitation peut être raccordée, le propriétaire doit se renseigner sur l’existence du réseau, la localisation du point de branchement et les travaux restant éventuellement à sa charge.
Comment savoir si son logement est raccordable à l’eau ?
La présence d’une bouche ou d’une canalisation dans la rue ne suffit pas à confirmer que le raccordement à l’eau est possible. Le propriétaire doit demander :
- Si le réseau est en service
- Où se situe la boîte de branchement
- Si la station recevant les eaux fonctionne
- Quels travaux doivent être réalisés sur la parcelle
- Si une pompe individuelle est nécessaire
- Quel sera le coût du raccordement
- A quelle date le branchement pourra être utilisé
Il faut également distinguer l’évacuation des eaux usées de celle des eaux pluviales. Les gouttières et les eaux de ruissellement ne doivent pas être raccordées au réseau d’eaux usées, sauf dispositif expressément prévu. Un mauvais branchement peut saturer les réseaux pendant les fortes pluies et provoquer des débordements.
Pourquoi faut-il raisonner par système complet ?
L’histoire de l’assainissement à Mayotte montre les limites d’une politique fondée sur la seule construction d’équipements visibles. Une station inaugurée ne signifie pas que les habitants sont raccordés. Un réseau principal ne signifie pas que les canalisations atteignent les maisons. Un branchement ne sert à rien si les postes de refoulement ou la station ne fonctionnent pas.
Pour chaque secteur, la programmation devrait donc présenter clairement :
- Le nombre d’habitants concernés
- La capacité de la station
- La longueur des réseaux achevés
- Le nombre de branchements réalisés
- Le calendrier de mise en service
- Le coût total du système
- Les volumes effectivement traités
- Les solutions temporaires prévues avant l’achèvement
La transparence sur ces éléments permettrait de mesurer les résultats réels, au-delà des montants annoncés ou des ouvrages construits.
À retenir – Assainissement à Mayotte
- DERU2 est la nouvelle directive européenne sur les eaux urbaines résiduaires.
- Elle étend les obligations de collecte et de traitement aux agglomérations d’au moins 1 000 équivalents habitants.
- Mayotte bénéficie de délais particuliers liés à son retard d’équipement.
- Certaines obligations s’appliqueront à partir de 2030 et de 2040 selon la taille des agglomérations.
- Une station ne peut pas fonctionner sans collecteurs, postes de refoulement et branchements.
- La station intercommunale du Centre a été finalisée avant l’achèvement de l’ensemble des réseaux nécessaires.
- Les branchements des logements constituent une étape aussi importante que la construction de la station.
- Les rejets non traités présentent des risques pour la santé, les sols, les mangroves et le lagon.
- Le résultat doit être évalué selon les volumes traités et le nombre d’habitants raccordés.
- L’assainissement doit être planifié comme un système complet.
FAQ – Assainissement à Mayotte
- Que signifie DERU2 ?
Cette expression désigne couramment la nouvelle directive européenne relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, qui remplace progressivement le cadre adopté en 1991.
- La directive s’applique-t-elle à Mayotte ?
Oui. Mayotte est une région ultrapériphérique de l’Union européenne. Des délais particuliers sont toutefois prévus pour certaines obligations.
- Qu’est-ce qu’une station d’épuration ?
C’est une installation qui reçoit les eaux usées, en retire une partie des polluants et rejette une eau traitée dans le milieu naturel selon des normes définies.
- Pourquoi une station peut-elle ne pas fonctionner ?
Elle ne peut traiter les eaux usées que si celles-ci lui parviennent. L’absence de canalisations, de branchements ou de postes de refoulement peut empêcher sa mise en service normale.
- Qui doit raccorder une maison à l’eau ?
Le propriétaire doit se renseigner auprès du service compétent. Les travaux peuvent comprendre une partie située sous le domaine public et une partie à réaliser sur la propriété privée.
- Peut-on rejeter les eaux usées dans une ravine ?
Non. Les eaux usées doivent être dirigées vers un réseau collectif ou vers une installation individuelle conforme.
- Que se passe-t-il lorsqu’il n’existe aucun réseau ?
Le logement doit disposer d’un assainissement non collectif adapté, correctement entretenu et contrôlé.
- Pourquoi l’assainissement protège-t-il le lagon ?
Le traitement empêche qu’une partie importante des matières organiques, bactéries, nutriments et autres polluants contenus dans les eaux usées atteigne directement les ravines, les mangroves et les eaux côtières.
Pour suivre les décisions, les travaux et les enjeux liés à l’assainissement, retrouvez toute l’actualité de Mayotte sur Kwezi.
À lire aussi
- Tout comprendre aux tours d’eau à Mayotte
- Comment ouvrir un compteur d’eau ou d’électricité à Mayotte ?
- Comment demander un logement social à Mayotte ?
- Quelles aides au logement peut-on obtenir à Mayotte ?
- Comment préparer sa famille à la saison cyclonique à Mayotte ?










