Présenté comme une opération décisive pour mieux connaître la réalité démographique du territoire, le recensement de la population à Mayotte suscite de vives inquiétudes à l’approche de sa clôture. Alertes d’élus, difficultés de terrain et limites méthodologiques font planer le doute sur la fiabilité des données qui seront finalement produites. Les élus montent au créneau.
À l’approche de la clôture du recensement, une alerte politique de plus en plus pressante
À quelques jours de la clôture des opérations de recensement à Mayotte, fixée au 10 janvier 2026, la députée Estelle Youssouffa, à son tour, alerte le Premier ministre sur de graves dysfonctionnements constatés sur le terrain. Dans un courrier daté du 2 janvier, l’élue estime que les conditions actuelles ne permettent pas « d’envisager sereinement l’atteinte de l’objectif essentiel » du recensement de la population, à savoir « refléter fidèlement la réalité démographique du territoire et mettre fin à la sous-estimation chronique de la population vivant sur le territoire ».
Des anomalies de terrain qui faussent le décompte de la population
Des logements considérés à tort comme définitivement inoccupés
Parmi les difficultés relevées, la députée souligne qu’« un nombre important de logements vides ont été incorrectement considérés comme définitivement inoccupés », alors que leurs occupants sont « temporairement absents pendant les vacances scolaires ». Une situation « parfaitement habituelle et identifiable à Mayotte », qui conduit, selon elle, à « exclure du décompte une partie significative de la population ».
Un retard critique dans les communes les plus peuplées
Estelle Youssouffa pointe également « un retard extrêmement préoccupant du recensement pour les communes de Mamoudzou et Koungou », pourtant parmi les plus densément peuplées du territoire. Ces retards alimentent les craintes d’un recensement incomplet dans des zones pourtant déterminantes pour l’évaluation démographique globale.
Une méthodologie inadaptée aux réalités sociales de Mayotte
La députée s’interroge par ailleurs sur certains choix méthodologiques, rappelant que « notre territoire connaît une forte proportion d’illettrisme et d’analphabétisme » et que « les services postaux dysfonctionnent », alors même que le recensement de la population repose sur des documents écrits ou des réponses par courrier. Autant de contraintes structurelles susceptibles de limiter la participation des habitants.
Les élus demandent une prolongation exceptionnelle du recensement
Jugeant qu’un recensement incomplet « ne serait pas une simple anomalie statistique », la députée insiste sur le caractère exceptionnel de l’opération. Relayant l’alerte de l’Association des maires de Mayotte, elle demande « de prolonger exceptionnellement les opérations de recensement de la population d’un mois au moins », afin d’en garantir « la sincérité et la crédibilité ».
Sur le terrain, un refus croissant de se faire recenser
De son côté, Ben Issa Ousseni a également constaté les difficultés rencontrées sur le terrain par les agents recenseurs. « Des hommes et des femmes qui habitent ce territoire ne souhaitent pas se faire recenser. Ce ne sont pas que les étrangers qui refusent. Aux Hauts-Vallons, on est à moins de 10 % de personnes recensées. Les gens ne souhaitent pas se faire recenser parce que, selon eux, ils sont là pour un temps défini. »
Un recensement très attendu, mais déjà fragilisé
Le recensement de la population, pourtant très attendu pour ajuster les politiques publiques et les dotations, pourrait ne pas être à la hauteur des attentes au regard de l’ensemble des contraintes signalées. À quelques jours de la clôture officielle, la question de la fiabilité des données produites reste entière.
Évolution à suivre de près dans les prochaines actualités à Mayotte.




