Le mouvement de colère des avocats de Mayotte, survenu à l’ouverture d’une session d’assises à Mamoudzou, met en lumière une réalité structurelle : celle d’une justice qui fonctionne sous pression permanente. Le refus de renvoi d’une audience, à l’origine de la mobilisation, n’est pas un incident isolé, mais le symptôme d’un déséquilibre profond entre les exigences judiciaires et les moyens humains disponibles.
À Mayotte, le nombre limité d’avocats contraints d’assurer simultanément audiences, permanences pénales et assises rend l’organisation particulièrement fragile. Le barreau dénonce moins une décision ponctuelle qu’un manque de considération et de dialogue, dans un contexte où la surcharge devient la norme. Le boycott temporaire décidé par les avocats apparaît alors comme un ultime levier pour se faire entendre, malgré ses conséquences lourdes pour les justiciables.
Cette situation révèle une justice à flux tendu, où chaque renvoi, chaque absence, chaque imprévu peut provoquer un blocage. Magistrats comme avocats reconnaissent les difficultés, mais les ajustements restent insuffisants face à la réalité du terrain. Derrière les tensions institutionnelles, ce sont les victimes, les accusés et l’ensemble des citoyens qui subissent les retards et l’usure du système.
L’épisode rappelle enfin que le bon fonctionnement de la justice ne repose pas uniquement sur des textes ou des principes, mais sur des conditions de travail viables, une concertation réelle entre acteurs et des moyens adaptés à un territoire confronté à des enjeux judiciaires hors norme. Sans cela, le risque est grand de voir la corde se tendre encore, jusqu’à rompre.














