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Des ateliers de cartographie sensible et expérimentale qui ont suscité beaucoup d’émotions

Demander à un enfant de décrire le trajet qui le sépare de son domicile à son école est somme toute une chose relativement simple. Mais coucher sur le papier une carte représentant sa vie ou un épisode marquant sa vie est toute autre chose. C’est pourtant ce qu’ont proposé les ateliers de cartographie sensible animés par des scientifiques de renom…

 

Depuis le 28 mars et jusqu’au 7 avril, les géographes et cartographes Florence Troin (CNRS, Université de Tours) et Philippe Rekacewicz (Université d’Oslo en Norvège) sont présents à Mayotte et “circuitent” dans les établissements scolaires de l’île pour animer des ateliers d’un nouveau genre. En effet, il s’agit d’y enseigner la cartographie d’une nouvelle manière et décrite comme “sensible”, c’est dire exprimant quelque chose de soi, à travers la réalisation de cartes.

 

Il est ainsi question de coucher sur le papier un parcours de vie ou une vie dans son entier, et cela fait appel à une ouverture sur soi, à une prise de conscience de ce que l’on est et de la direction que l’on a pris.

“Nous proposons aux élèves, de la 5ème jusqu’au BTS tourisme de dessiner la carte qui va représenter quelque chose d’eux-mêmes. Nous estimons en effet, que les cartes classiques qui montrent la guerre en Ukraine ou la production de gaz en Russie existent, mais pour celles qui représentent les élèves, il n’y a qu’eux qui sont en mesure de les établir. C’est une cartographie où il est permis de se projeter soi-même, c’est-à-dire de poser son personnage sur une carte. C’est expérimental et novateur et nous avions à cœur de venir faire découvrir ces ateliers à Mayotte, notamment pour voir ce que cela pouvait donner avec des enfants ayant des parcours singuliers, en tout cas différents que ceux que l’on peut connaître en métropole” explique la géographe Florence Troin du CNRS à l’université de Tours.

Et la scientifique d’ajouter : “il faut bien avouer qu’au début, les jeunes sont décontenancés et il leur faut un petit temps d’adaptation pour qu’ils comprennent comment ils vont pouvoir se projeter sur la carte. Mais rapidement, la mayonnaise prend et ils sont très contents d’établir une carte qui va les représenter. Ainsi, dans une classe de 35 élèves, il y aura donc 35 cartes différentes. C’est un moyen d’expression pour décrire un morceau de sa vie, soit sa vie en entier. Ils prennent ainsi du plaisir à réfléchir à leur parcours. Une carte classique est impersonnelle et ne décrit qu’une direction ou une situation, lorsqu’il s’agit ici de cartographier des émotions. Nous avons ainsi découvert des choses dures avec des enfants retraçant des champs de guerre en lieu et place de leur maison ou de leur établissement scolaire. On ressent donc bien les problématiques qu’ils traversent, ce qui n’est pas simple”…

Ce sont des situations difficiles qui se sont dévoilées aux chercheurs comme aux élèves d’ailleurs, avec par exemple un élève a voulu représenter le monde de Bob Marley parce qu’il n’avait pas envie de raconter sa vie. Une jeune fille pour sa part n’a pas souhaité exposer son travail aux autres élèves mais a raconté sa carte en aparté, “parce que les choses sont parfois malheureusement difficiles à vivre” conclut Florence Troin. 

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