Le préfet de Mayotte a confirmé la transformation du port de Longoni en grand port maritime comme le prévoit la Loi Mayotte. Mais pas en septembre prochain, le temps de la justice n’est pas celui de l’Etat. Entre incertitudes juridiques, inquiétudes des professionnels et échéances proches, le dossier reste complexe. Cela pourrait peser sur l’approvisionnement de Mayotte dès le mois de septembre prochain.
Grand port maritime à Mayotte confirmé, mais pas pour septembre
Dans la matinale d’hier matin, le préfet François-Xavier Bieuville a fait quelques annonces en s’intéressant au devenir du port de Mayotte. Il a confirmé les termes de la loi Mayotte qui vise à transformer à terme le port de Longoni en grand port maritime. Toutefois, il a aussi confirmé que le grand port maritime ne verrait pas le jour pour l’échéance fixée par le tribunal, à savoir début septembre. « Oui, le grand port maritime, car c’est fixé dans la loi, mais pas en septembre. Il y a une échéance intermédiaire via cet EPIC qui doit se mettre en place », explique-t-il.
L’EPIC, une structure qui soulève plus de questions que de réponses
En attendant, le projet d’EPIC sera présenté au Conseil portuaire le 18 mai.
Des compétences introuvables pour gérer le port de Longoni ?
Mais se pose une question de fond : comment cette structure va-t-elle se mettre en place ? Qui a les compétences pour gérer un port ici ? Un premier commentaire masque à peine l’inquiétude des professionnels du port de Mayotte. « Le Conseil départemental ne sait pas gérer des tickets de barges, comment voulez-vous qu’ils gèrent le port de Longoni ? ». Question cruciale, car il n’en reste pas moins que le port est un outil industriel qui nécessite des compétences, des connaissances. Et qu’une gestion de cet établissement en régie semble difficilement envisageable d’ici au mois de septembre.
Des inquiétudes sur la gestion opérationnelle du port
Qui pour diriger l’EPIC ? Quels processus sont mis en place pour assurer la gestion de cet établissement qui, rappelons-le :
- Fournit les matières premières pour la construction,
- Gère des salariés,
- Entretient des relations commerciales et professionnelles avec des compagnies maritimes,
- Doit assurer un dialogue quotidien avec les autres ports de la région ?
Bref, autant de questions qui restent sans réponse et qui inquiètent la population, mais surtout les professionnels du port. D’autres professionnels plus optimistes comptent sur le Karma. « Si tout part en vrille en septembre, CMA-CGM et MSC ne laisseront pas faire, ils ont des intérêts économiques ici ».
La cour d’appel de Bordeaux attendue sur le dossier MCG
En attendant les arbitrages des élus de l’Assemblée de Mayotte, une autre échéance approche. Le 12 mai prochain, la cour d’appel de Bordeaux va statuer sur l’appel qui a été fait par MCG. Cet appel concerne la décision rendue par le tribunal administratif de Mayotte en juin 2025 qui visait à casser la DSP. Mayotte Channel Gateway affirme avoir apporté quatre nouveaux éléments au dossier. L’objectif du délégataire : faire annuler en appel la décision de première instance. La question de la légitimité de l’UMM (Union Maritime de Mayotte) dans cette affaire sera une nouvelle fois scrutée à la loupe. S’il apparaît qu’elle n’est pas fondée à agir, la décision tombe. La réponse pourrait être rendue dans les jours qui suivent l’audience.
Des conséquences financières possibles pour l’Assemblée de Mayotte
Si la cour d’appel venait à valider les décisions prises en première instance, il faudra négocier d’arrache-pied avec la délégataire les indemnités monumentales que celle-ci va demander à l’Assemblée de Mayotte. Car la question ne s’arrête pas seulement à l’annulation ou non de la DSP. D’autres dossiers sont en cours, dont le fameux dossier de la grille des tarifs. Cette grille a motivé l’UMM à agir dans la résiliation de la DSP et n’a pas été publiée par le Conseil départemental à l’époque. Cette absence de publication de la grille des tarifs portuaires pourrait susciter une demande de dommages et intérêts de la part de la délégataire MCG de la DSP.
Un passage de témoin encore loin d’être prêt
Bref, le dossier est loin d’être terminé mais une chose est claire aujourd’hui. Quelle que soit la décision juridique qui sera rendue par la cour d’appel de Bordeaux, le port de Longoni et le passage de témoin en septembre 2026 sont loin d’être prêts. La population devra probablement encore subir des pénuries et des ruptures d’approvisionnement. Les entreprises sur des chantiers de reconstruction pourraient aussi guetter les déchargements de leurs conteneurs permettant la poursuite des chantiers.
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