Le conseil départemental a validé les grandes orientations d’un schéma directeur du port de Mayotte pour les 15 prochaines années. Infrastructures, gouvernance et ambitions économiques étaient au cœur de débats nourris. Ces échanges ont révélé l’urgence d’agir, mais aussi des désaccords sur la méthode retenue.
Un port arrivé à saturation face à la croissance de Mayotte
Le port de Mayotte est appelé à changer d’échelle. Lors de la séance plénière de l’Assemblée de Mayotte, les élus ont examiné le projet de schéma directeur portuaire. C’est un document stratégique destiné à fixer les grandes orientations de développement du port pour les 15 prochaines années. Un exercice jugé indispensable face à la saturation actuelle des infrastructures portuaires et aux perspectives de croissance du territoire.
Présenté par Ali Omar, vice-président chargé des transports, le schéma repose sur un constat sans détour. Le port fonctionne aujourd’hui avec deux quais, dont un seul est pleinement opérationnel. Le quai en service est déjà saturé, limitant fortement les capacités de transit des marchandises et fragilisant l’approvisionnement de Mayotte.
De nouvelles infrastructures pour sécuriser les approvisionnements
Le projet de développement du port de Mayotte prévoit donc la création de nouvelles infrastructures structurantes :
- Un quai dédié aux hydrocarbures, indispensable pour la sécurisation des approvisionnements énergétiques.
- Un troisième afin de permettre le transbordement maritime des marchandises dans de meilleures conditions.
- Des ateliers de maintenance capables d’accueillir barges et navires.
- Des zones spécifiques pour les activités liées à l’énergie, y compris les énergies renouvelables.
Autant d’équipements absents aujourd’hui, mais jugés essentiels pour accompagner le développement économique.
Extension du port de Mayotte et attractivité maritime
L’extension du port de Mayotte figure aussi parmi les priorités. L’objectif est d’anticiper l’arrivée de navires de plus grande capacité et de renforcer l’attractivité du site. La question de la plaisance est également posée, avec la réflexion sur un quai adapté aux grands bateaux, aujourd’hui contraints par des capacités d’accueil limitées. L’ensemble du projet doit s’articuler avec le Schéma d’aménagement régional afin d’inscrire le port dans une vision globale du développement de Mayotte.
Une nouvelle gouvernance en attendant une décision de l’État
Sur le plan institutionnel, la création d’un établissement public industriel et commercial (EPIC) est envisagée à compter du 1er septembre. Cette structure assurerait une gestion transitoire du port de Mayotte, dans l’attente d’une décision de l’État sur une éventuelle transformation en grand port maritime. L’EPIC permettrait au département de conserver le contrôle, tout en déléguant certaines activités par le biais de délégations de service public.
Des débats politiques et des réserves exprimées
Ces orientations ne font toutefois pas l’unanimité. Soula Saïd Soufou, conseiller départemental, s’est abstenu. Il dénonce des incohérences juridiques et un calendrier jugé précipité dans le contexte de la procédure judiciaire en cours. Il estime le document incomplet. Notamment sur la dimension régionale et sur l’ambition de faire du port de Mayotte un hub économique et énergétique dans l’océan Indien.
Un chantier stratégique encore en discussion
En conclusion des débats, les élus ont pris connaissance de l’avis du Conseil économique, social et environnemental de Mayotte. Ce dernier recommande de renforcer la sécurisation juridique du projet, d’approfondir la vision régionale et d’adopter une démarche plus progressive. Un avis consultatif qui pourrait nourrir les prochaines étapes de ce chantier stratégique alors que la décision de l’Etat quant à la transformation de l’outil en Grand Port Maritime se fait attendre. Le consensus dans l’hémicycle n’était pas de la partie sur un sujet vital pour les approvisionnements de l’île au Lagon.
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