En parlant ouvertement de « terrorisme » à Mayotte, Soula Said Soufou a franchi un seuil sémantique et politique. L’élu départemental ne se contente plus de dénoncer une insécurité chronique : il remet en cause la qualification même des violences qui frappent le territoire et, au-delà, la doctrine d’action de l’État. Pour lui, les agressions armées, les barrages violents et la peur installée dans certains villages relèvent désormais d’une logique de terreur, et non plus seulement de la délinquance classique.
Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte de lassitude profonde. À Mayotte, une partie de la population a le sentiment que les réponses sécuritaires ne sont ni à la hauteur de la violence subie, ni adaptées à sa nature. En citant le code pénal et en évoquant une intention de troubler gravement l’ordre public, Soula Said Soufou interroge frontalement l’État sur ses choix juridiques et opérationnels. Derrière les mots, c’est la stratégie globale qui est questionnée.
La demande d’une enquête du parquet national antiterroriste, rejetée au motif de faits de droit commun, cristallise cette fracture. Elle révèle un décalage entre la lecture institutionnelle de la violence et le ressenti local. Pour l’élu, ce refus alimente un sentiment d’abandon et renforce l’idée que Mayotte n’est pas traitée comme les autres territoires de la République.
« Qu’est-ce qu’il se passe à Paris ? On laisse des dakous poignarder des gens dans les gares ? Non », interroge l’élu. En somme, pour lui, il faudrait une réponse plus radicale face aux délinquants armés de machettes. Pour Soula Said Soufou, « il est temps que l’État assume ses propres carences à Mayotte ». Il compte saisir le Premier ministre et la ministre des Outre-mer.
En posant le débat sur le terrain du terrorisme, Soula Said Soufou cherche moins à choquer qu’à provoquer un électrochoc. Reste à savoir si l’État acceptera de rouvrir la discussion sur la qualification des faits, ou s’il continuera de considérer que la réponse actuelle suffit face à une violence que beaucoup jugent désormais hors norme.
Retrouvez l’interview de Soula Saïd Souffou : https://youtu.be/WVHnnHx-Vgo

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