juillet 01, 2022

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Sébastien Lecornu est comptable d’une partie du bilan du quinquennat qui s’achève

Sébastien Lecornu s’apprête à quitter le Ministères des Outre-Mer, il y sera resté 2 ans. Il a accordé à la presse ultra marine une interview de campagne en sa qualité de soutien actif dans du Président-candidat. L’essentiel de sa réponse est publié conjointement dans plusieurs journaux ultra marins, chaque rédaction a aussi pu le questionner spécifiquement sur le bilan local de son action

FMM :  Alors que vous quitterez prochainement ce Ministère, que pensez-vous avoir appris des Outre-mer ?

Sébastien Lecornu : Je connais bien les Outre-mer. Bien avant ma nomination rue Oudinot, j’avais déjà eu l’occasion de me rendre dans chacun des -territoires, et parfois à plusieurs reprises. Ces deux années m’ont néanmoins permis d’approfondir ces liens de cœur. Ce que je retiens de ces presque deux années passées dans ce ministère, en raison sans doute des crises que nous avons vécues ensemble sous ce quinquennat – le passage d’Irma sur les Antilles, la crise des Gilets jaunes, la crise sanitaire… – est avant tout que le besoin d’Etat dans nos territoires ultramarins n’a jamais été aussi fort. Ce besoin d’Etat, il s’est traduit par plus de protection de nos concitoyens, plus de solidarité nationale dans les moments difficiles, plus d’interventions publiques lorsqu’il fallait soutenir une collectivité dans l’exercice de ses compétences… Et nous avons été au rendez-vous que ce soit sur la sécurité, le chômage, la santé ou encore dans le rétablissement progressif de l’eau potable dans les robinets à Mayotte et en Guadeloupe. Tout cela en adaptant sans cesse les décisions aux réalités de chaque territoire. C’est pour moi une fierté même si tant reste à faire. Maintenant que nous arrivons en fin de mandat, je suis convaincu qu’il faut poursuivre cet élan et renforcer la protection que doit l’Etat à tous les ultramarins compte tenu de leur éloignement géographique ou des risques présents dans ces territoires. C’est en tous cas ce que souhaite Emmanuel Macron pour les Outre-mer pour les 5 ans qui viennent.

 

FMM :  De manière plus personnelle, si vous ne deviez garder qu’un seul souvenir de votre passage rue Oudinot, quel serait-il ?

SL : Pas un seul heureusement mais plusieurs ! Spontanément, je dirais déjà les Marseillaises que j’ai entendues chantées, avec la même ferveur et la même émotion, à chacun de mes déplacements. Et plus particulièrement, celle entendue dans les îles Marquises avec le président de la République, ou encore à Dembeni à Mayotte par une chorale d’enfants en français, puis en shimaoré. La distance n’enlève rien au fait d’appartenir à la même Nation, être français a une signification républicaine aux quatre coins du globe. Sur le fond des dossiers que j’ai eu à traiter en tant que ministre, quand je suis arrivé dans cette maison, le président de la République m’a donné deux chantiers prioritaires : le dossier calédonien d’une part, et la relance économique d’autre part, en ayant en tête qu’il fallait en faire une arme contre la vie chère et le chômage. Tout ne s’est pas passé comme prévu et le virus a bouleversé cet agenda. Mais, de cette crise, il faut retenir le formidable élan de solidarité de l’Hexagone vis-à-vis des Outre-mer. Des milliers de soignants – plus de 10.000 pour être précis – ont ainsi fait le choix de se rendre sur place pour renforcer les capacités hospitalières, relever leurs confrères ultramarins, prendre part aux évacuations sanitaires ou encore déployer des hôpitaux de campagne. Dans ces moments de grande vulnérabilité, les territoires ultramarins n’ont pas été oubliés et nous avons fait Nation. Pour autant, la situation sur le front de l’emploi s’est malgré tout améliorée de manière inédite, en Outre-mer comme dans l’Hexagone, du fait de la croissance économique. Quant à la vie chère, nous avons amorcé notre stratégie en dépit du contexte international et ce sera notre chantier prioritaire si les Français accordent une nouvelle fois leur confiance à Emmanuel Macron.

FMM : Les contrats de convergence et de transformation signés en 2019 dans les jardins du ministère des Outre-mer s’achèvent en 2022. Est-ce vraiment un outil de développement efficace pour les territoires ultra-marins ?

SL : Ces outils servent avant tout à apporter des financements aux collectivités locales sur des compétences qui ne relèvent pas de l’État et donc à répondre aux besoins de nos concitoyens en matière d’eau, de transports, d’énergie, de déchets, de développement économique et social, de formation…  C’est dans ce cadre qu’ont été signés en juillet 2019, 7 contrats de convergence et de transformation, pour plus de 1,7 milliards d’euros d’investissement, après un cycle de concertation inédit dans chacun des  territoires. À ces sommes d’argent, nous ajoutons également un soutien en matière d’ingénierie pour faire en sorte que les projets sortent réellement de terre ainsi que tous les crédits du plan de relance. Cet engagement est sans précédent, maintenant il revient aux différentes collectivités de faire avancer les projets et de consommer les crédits. De manière globale, nous avons veillé à ce que chaque réforme nationale bénéfice aux territoires ultramarins, avec leurs spécificités respectives : dernière mesure annoncée par le candidat Macron sur TF1, l’indexation des retraites sur l’inflation dès cet été permettra de protéger le pouvoir d’achat de nos aînés dans l’Hexagone comme en Outre-mer : une  solidarité inédite pour juguler l’inflation les effets du conflit !

FMM : En matière environnementale, on recense beaucoup d’annonces pour peu de réalisations, est-ce un regret ?

SL : Je ne partage pas du tout ce constat. Avec 670 M€ par an, nous avons quasiment doublé les financements au profit des énergies renouvelables en outre-mer, investi 200 M€ pour la rénovation énergétique des bâtiments publics dans le cadre du plan de relance, et programmé près de 500 M€ pour l’accès à l’eau potable et à l’assainissement alors qu’il s’agit pourtant d’une compétence du bloc communal. Mais, bien plus que des chiffres et des millions, ce sont des actions concrètes qui ont marqué le quinquennat : nous avons renforcé la lutte contre les atteintes illégales à l’environnement, et créé de nouvelles aires protégées ultramarines, comme les réserves naturelles des forêts de Mayotte, des îles Glorieuses, ou des Terres australes françaises, la seconde plus étendue au monde. Nous avons accompagné le développement du parc naturel marin de la mer de Corail, en Nouvelle-Calédonie. Comme ministre des Outre-mer, j’ai pu poursuivre et coordonner des chantiers interministériels sur lesquels je m’étais investi comme secrétaire d’État au ministère de la transition écologique en 2018. Nous avons ainsi poursuivi notre action de lutte contre les sargasses en renforçant l’appui de l’État aux collectivités ; nous avons réformé le code minier après avoir stoppé le projet de la Montagne d’Or en Guyane ; nous avons renforcé les moyens pour réduire l’exposition des populations antillaises à la pollution par la chlordécone avec un 4ème plan Chlordécone doté de plus de 90M d’euros. Sur ce sujet, à titre personnel, je souhaite que les parties civiles puissent user de toutes les voies de recours et d’appel dans la procédure judiciaire en cours. J’ai été très vigilant à accélérer la protection de nos concitoyens ultramarins face aux risques naturels et climatiques : nous avons par exemple lancé la troisième phase du plan séismes Antilles, commencé le déploiement des sirènes pour mieux gérer le risque tsunami à Mayotte suite à l’émergence récente d’un volcan sous-marin au large de l’archipel et fait aboutir le plan de prévention des risques cycloniques à St Martin. Peut-on pour autant se satisfaire de la situation actuelle ? Bien évidemment, non. Il y a toujours urgence. C’est pourquoi nous devons renforcer la lutte contre l’orpaillage illégal, et plus largement la protection des ultramarins contre les pollutions environnementales. Si je prends le cas de Mayotte, près de 80 % des eaux usées sont rejetées dans le lagon sans traitement. Mais, ce sont avant tout des compétences locales, et cela, depuis le 19ème siècle. L’État est prêt à accompagner les collectivités sur ces deux volets, mais ne pourra pas s’y substituer.

 

 FMM : Regrettez-vous l’échec du projet de loi pour un développement accéléré de Mayotte ?

SL : Oui. Le plan pour Mayotte annoncé pour les 10 ans de la départementalisation ne verra pas le jour comme prévu en cette fin de quinquennat, puisque le projet de loi a été bloqué délibérément par l’avis défavorable rendu par le conseil départemental. J’ai peut-être été naïf mais les intérêts politiques de certains élus LR ont primé sur l’intérêt général. C’est déplorable. Pour autant, le projet de transformation que nous souhaitons pour Mayotte se poursuivra et nous trouverons les bons leviers pour mettre en œuvre ce que nous avons prévu. Par exemple, la loi d’Orientation et de Programmation du ministère de l’Intérieur pour 2022 (LOPMI) qui a été présentée dernièrement en conseil des ministres accentue la capacité de nos forces à lutter contre l’immigration clandestine au-delà de nos eaux territoriales. Nous pourrons aller encore plus dans un prochain quinquennat en conditionnant davantage l’aide de la France à la coopération avec les pays limitrophes ou en renforçant la lutte contre la fraude documentaire ou le démantèlement des squats. D’autres mesures, notamment sur la convergence sociale, ont été adaptées pour être prises par voie réglementaire : je pense notamment à la prime d’activité qui sera alignée sur le taux hexagonal au 1er janvier prochain, ou à l’allocation adulte handicapé sur laquelle nous nous sommes engagés à converger rapidement vers le niveau de l’hexagone. Même si la loi Mayotte permettait d’accélérer le développement des infrastructures nécessaires au développement de Mayotte, nous construirons un deuxième hôpital pour l’île, à Combani, et nous mènerons à son terme le projet de piste longue de l’aéroport, conformément à l’engagement du président de la République. Bref, les résultats seront sans doute plus longs à se faire sentir, à cause de ce blocage politique que je regrette ; mais notre ambition pour l’amélioration des conditions de vie à Mayotte est plus forte que jamais. Certains candidats parlent de Mayotte uniquement lors des présidentielles avec de belles paroles politiciennes ou démagogiques. Avec Emmanuel Macron nous avons fait le pari des actions.

 

FMM : Pourriez-vous revenir à Mayotte pour vos vacances ?

 

SL : Bien sûr ! Mayotte a d’innombrables atouts pour devenir une destination touristique prisée par nos concitoyens, comme le sont les Antilles ou encore dans l’Océan Indien, La Réunion. Je pense par exemple à la plongée qui peut être le véritable avantage comparatif de Mayotte à très court terme. Les randonnées, et plus largement l’éco-tourisme, sont d’autres pistes à développer. Je suis conscient qu’il y a encore des défis à relever, notamment l’installation d’infrastructures hôtelières, et évidemment l’amélioration de la sécurité au quotidien pour laquelle nous sommes, et nous continuerons à l’être, mobilisés en allant plus loin. Dès mon arrivée au ministère des Outre-mer, j’ai plaidé pour une vraie réflexion sur l’offre touristique en Outre-mer, avec une spécialisation de chaque territoire sur un créneau de tourisme durable. Mayotte, doit avec l’État, définir les lieux emblématiques qu’elle veut valoriser dans son offre : nous serons prêts à l’aider à les mettre en valeur. Et évidemment, je suis prêt à donner l’exemple, quelles que soient mes prochaines fonctions, à retourner à Mayotte en touriste.

 

Propos recueillis par Anne Constance Onghéna

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