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Comores : Bobocha est bien vivant, selon l’ONU

L’ONU a finalement reçu des preuves de vie de Bobocha, l’opposant politique comorien.

En mars dernier, les experts de la torture et des exécutions judiciaires de
l’ONU s’inquiétaient du sort de l’opposant politique Bobocha, détenu
illégalement aux Comores depuis son extradition dans l’archipel après son
arrestation à Madagascar. Une preuve de vie a désormais été donnée par le
gouvernement comorien, autorisant une visite cette semaine de la
commission des droits de l’homme au détenu.

L’individu que les médias qualifient « d’homme le plus recherché des
Comores » aura décidément fait couler beaucoup d’encre. D’abord, avec la
tentative de coup d’État dont le pouvoir en place l’a accusé. Puis avec son
évasion spectaculaire de la prison de Moroni, en novembre 2020. Alors, le
fugitif multipliait les fausses pistes, laissant entendre dans un message
vidéo qu’il se cachait à Mayotte. C’est finalement à Madagascar que
Bobocha, aussi appelé Inssa Mohammed, était interpellé le 13 janvier
2021, avant d’être extradé dans des conditions qui en laissaient plus d’un
perplexe quant à leur légalité, le 27 janvier dernier.

Après cela, et pendant plus de deux mois, plus personne n’a eu de
nouvelles de l’opposant : ni son avocat, lequel qualifiait la détention
d’« arbitraire et illégale », ni les Nations-Unis, dont les experts de la
torture et des exécutions judiciaires émettaient de sérieuses inquiétudes
quant au sort du prisonnier. Et si l’ONU saisissait les Comores sur le sujet,
le pays aura mis un certain temps avant de réagir, en dépit de ses intérêts
certains à aller dans le sens de l’ONU, organisme que la République des
Comores instrumentaliserait régulièrement. Sans compter que, selon les
mots de l’avocat de Bobocha, la nouvelle législation comorienne « considère la détention arbitraire comme un crime de guerre ».

C’est finalement en cette fin du mois d’avril 2021, le jeudi 22 précisément,
que des nouvelles de l’opposant politique ont pu être récoltées. En effet
cette semaine, la commission des droits de l’Homme a pu rendre visite au
détenu dans une gendarmerie de Mdé, le chef-lieu de la région de Bambao.
La présidente de la Commission, Sittou Raghadat Mohamed, déclarera au
média comorien Al-Watwan après l’avoir rencontré qu’«  Il se sent en
sécurité. Son état de santé s’est détérioré. Il a seulement besoin de soins
plus poussés, il se sent malade, il m’a fait part de quelques douleurs. En bref, il bénéficie de conditions carcérales normales mais il se plaint de la
solitude et veut avoir le droit à des visites ».

Des déclarations qui poussent néanmoins au doute et à l’interrogation : les
conditions de détention de Bobocha au moment de la visite de la
commission étaient-elles vraiment celles de son quotidien ? De plus, son
avocat Me Gérard Youssouf n’a toujours pas eu l’occasion de voir son
client. Sur ce sujet, la commission a estimé que « ce n’est pas normal »,
mais la présidente a tout de même émis un doute :  « A-t-il suivi la
procédure normale pour demander un permis de visite et rencontrer son
client ? »

Le contraire paraitrait étonnant. Néanmoins, cette dernière
annonçait son intention d’accompagner l’avocat dans ses démarches.
L’ONU s’inquiétait du sort de Bobocha et espérait une preuve de vie, c’est
désormais chose faite. Et le contraire aurait été étonnant, les Comores étant
tout particulièrement dépendants de leur tribune aux Nations-Unis, mieux
vaut aller dans le sens de l’organisme. Tribune que le pays pourrait
d’ailleurs bientôt perdre faute d’avoir payé ses factures, mais c’est là une
autre histoire…

Un article de Mathieu Janvier, à retrouver dans l’édition du lundi 26 avril 2021 de France Mayotte Matin.

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