octobre 22, 2020

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Culture : Hip Hop Evolution continue de s’exporter en dehors des frontières de l’île

10h30 :

photo outoungou 1

Ce vendredi 18 septembre, le spectacle « Outoungou » sera au programme de la soirée de lancement de la saison 2020-2021 à l’Equinoxe, scène nationale de Châteauroux. Une représentation qui entre dans le cadre d’une tournée pour un spectacle qui depuis 2017 a su séduire de nombreux programmateurs au point d’être toujours dans les circuits.
Objectif pour l’association : que d’autres créations locales emboitent le pas mais aussi et surtout que les professionnels du spectacle puissent vivre de leur art à Mayotte. Explications.

Le spectacle « Outoungou » a vu le jour entre avril 2016 et avril 2017. La première représentation a eu lieu en mai de la même année, soit il y a plus de 3 ans maintenant. Il a été chorégraphié par le chorégraphe Kenji et il est interprété par 5 danseurs de Mayotte : Yasser ABDOU « Djily » et Saimoune CHADHOULI « Gomez » de Labattoir/Chiconi, Ankiffoudine SANDANI OUSSENI « Ankif » de Dembeni, Anli AHAMADI « Sasuké » de Kahani/Mtsapéré et Nidhoimi OILI « Stoubou » de Kahani. À l’instar des spectacles Walé et Mon Mur, il fait partie intégrante du répertoire chorégraphique de l’association Hip Hop Evolution. En effet, il est né du programme d’accompagnement des jeunes danseurs pour la professionnalisation aux métiers du spectacle. Ces danseurs ont été repérés dans le cadre des différents événements et des actions menées par Hip Hop Evolution depuis 10 ans à Mayotte.
L’objectif est de montrer tout le processus de création, de diffusion et de programmation d’un spectacle, soutenu par le Conseil départemental et la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de Mayotte. L’association souhaite prouver qu’à Mayotte, c’est possible. C’est ainsi que 2017, Outoungou a été sélectionné pour une Rida (Rencontres interrégionales et internationales de diffusion artistique) qui se tenait à La Réunion. Selon Sophie Huvet, directrice de Hip Hop Evolution, « le spectacle a été joué devant une vingtaine de programmateurs et de réalisateurs de spectacle. Il a été beaucoup apprécié. Jérôme Montchal, directeur de la scène nationale de Châteauroux était notamment présent à La Réunion. » Trois ans après, Outoungou est donc toujours dans les circuits de programmation à l’échelle nationale et s’est exporté à l’international, notamment en Belgique.
Il faut dire que les Rida constituent de fabuleuses vitrines pour les équipes artistiques et producteurs de spectacle. Financées par le ministère de la culture, ce sont des espaces d’écoute et d’échanges, qui remplissent trois fonctions principales : les échanges d’informations artistiques (spectacles vus ou à voir), la coopération et la réflexion. Le collectif les Arts confondus travaille actuellement avec la DAC Mayotte, pour qu’une Rida se tienne à Mayotte en 2021/2022. « Nous n’aurons pas le droit à l’erreur » confie Sophie Huvet avant d’ajouter : « Cela nécessite d’être prêt avec des spectacles au top. On sait par exemple que des spectacles de l’association comme Mon Mur et Walé ont la même qualité que Outoungou mais n’ont pas bénéficié de la même visibilité. Les programmateurs recherchent des choses nouvelles, et à Mayotte nous avons des choses nouvelles à apporter. Outoungou a toujours été très bien accueilli car le spectacle est très original. »

Après L’Equinoxe ce vendredi, c’est en zone rurale de la région Centre Val de Loire que le spectacle sera ainsi à l’honneur grâce à la rencontre avec Laëtitia Fourrichon et Tony Jeanjean de la Compagnie Oh ! Z’art Etc. Basée à Neuilly en Sancerre, la compagnie est venue en 2019 et 2020 à Mayotte afin de participer à une résidence de créa- tion en milieu scolaire. Car la force d’Outoungou c’est justement d’être un spectacle qui peut remplir des scènes nationales comme dans des petites salles de 70 personnes en zone rurale, des salles de classe ou des festivals dans la rue. Seul frein mais non des moindres : les tournées doivent être courtes car les danseurs ont un travail à Mayotte. En effet, le code de la sécurité sociale de droit commun n’est pas applicable localement avant 2036. Le statut d’intermittent n’existera pas tant que les organismes de cotisations sociales ne seront pas ceux du droit commun. En clair, les artistes locaux ne peuvent toujours pas bénéficier du cadre juridictionnel et social leur permettant de vivre de leur art.

Le collectif Les arts confondus se bat actuellement pour faire changer les choses. Si l’écoute est réelle dans les différents ministères, pour l’heure le statu-quo demeure. C’est pourtant le seul préalable pour qu’Outoungou, qui a ouvert la voie, ne soit plus l’une des rares créations artistiques à faire briller Mayotte à l’échelle nationale et internationale.

Pierre Bellusci
France Mayotte matin

photo Outoungou 2

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